Fiche du document numéro 4703

Num
4703
Date
Mercredi 28 février 2007
Amj
Taille
65483
Titre
Dossier Stanislas Mbonampeka - Témoignage de Valérie Bemeriki
Nom cité
Type
Témoignage
Langue
FR
Citation
Dossier : Mbonampeka Stanislas
Identification du témoin
Valérie Bemeriki
Date de naissance : 1955
Lieu de naissance
• Cellule Ngoma
• Secteur Ngoma
• Commune Ngoma, actuellement district de Huye
Lieu de résidence pendant le génocide
• Cellule Ntaraga
• Secteur Kimisagara
• Commune Nyarugenge
Etat civil : Célibataire
Niveau d’étude : Bachelier en Transport par voie aérienne, obtenue à Montpellier,
France. Il y a également suivi les cours du soir en journalisme.
Fonction pendant le génocide : Journaliste de la RTLM, depuis fin 1993 jusqu’à la
victoire du FPR. Il faut rappeler que la RTLM a débuté ses émissions depuis juillet
1993.
Depuis mon retour de France, j’ai travaillé à l’aéroport international de Kanombe.
J’assumais un poste propre aux études effectuées en transport aérien. Mais depuis le
déclenchement de la guerre de 1990, j’ai été embauchée par le parti MRND, afin de
collaborer avec d’autres journalistes pour mener un combat à travers des journaux
contre le FPR. C’est ainsi que j’ai eu un grand rôle dans le fonctionnement du journal
Umurwanashyaka, arme qui a été utilisée par le MRND pour propager une idéologie
raciste contre les Tutsis et le FPR. Je me rendais souvent sur le champ de bataille.
Réputée d’une bonne expression et des mots très attractifs et hostiles contre le FPR,
j’ai été embauchée en tant que journaliste de la RTLM depuis fin 1993 pour aider le
MRND et ses alliées racistes à mener un grand combat contre ses opposants et le FPR.
Un des objectifs premiers de la fondation du RTLM consistait à avoir une radio, dont
les pro-MRND et d’autres partis associés dans le réseau dit « power » devraient se
servir aisément pour bien manipuler les Hutus afin de les associer à leur plan macabre
envers les Tutsis, parce qu’ils se voyaient en défaite dans la voie diplomatique. Ils
ont été obligés de fonder une radio purement racistes et pro-hutue, car la radio
officielle ne leur permettait pas de diffuser aisément des idées dont l’objectif
consistait à semer des hostilités entre les Hutus et les Tutsis. Les fondateurs de la
RTLM disaient que la radio Rwanda était sous le contrôle des pro-FPR, car son
directeur, nommé Jean Marie Vianney Higiro, actuellement aux USA, étaient dans la
fraction des partis opposant à MRND et CDR. J’admets donc que tous les journalistes

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de la RTLM gardaient le secret d’être fidèles à ceux qui voulaient incendier le pays.
Notre rôle consistait donc à chauffer les esprits des Hutus afin qu’au moment
opportun, la sensibilisation au massacre des Tutsis ne se heurte pas à aucune
difficulté.
Un des piliers de l’idéologie raciste, actuellement idéologie du génocide est sans
doute Stanislas Mbonampeka. J’ai fait connaissance avec lui depuis sa collaboration
avec Justin Mugenzi et Agnès Ntamabyariro pour fonder le PL-power. Les trois
étaient des actionnaires de la RTLM. Je le savais clairement, car ils venaient souvent
dans les réunions des fondateurs de la RTLM. Ils comptaient aussi parmi des
initiateurs de l’idée qui a donné naissance à la RTLM. C’est pour cela qu’il faut même
différencier le rôle de Ferdinand Nahimana de celui du directeur de la RTLM qui
étaient en ce moment-là un certain Phocas Habimana. Ferdinand était donc le
président du Comité d’initiative pour la fondation de la RTLM. C’est ce comité
d’initiative qui décidait la ligne de conduite de la RTLM. Mbonampeka y figurait
également.
Mbonampeka étaient un des grands penseurs des racistes Hutus. C’est lui qui a
introduit l’idée de proposer à d’autres fondateurs de la RTLM de s’en servir
prioritairement pour « sauver les acquis de la révolution de 1959 ». Mbonampeka
s’exprimait que les Hutus n’accepteraient jamais de partager le pouvoir avec les
Tutsis.
Depuis la fondation du PL-power, les journalistes de la RTLM et d’autres fidèles aux
partis pro-MRND menaient beaucoup de relations avec Mbonampeka, Justin Mugenzi
et Agnès Ntamabyariro. Ils nous invitaient souvent à nous entretenir avec eux pour
nous prodiguer des conseils à suivre afin de sensibiliser les Hutus aux idées des partis
power. Vers la fin de 1993, Mbonampeka et ses deux collègues ont augmenté des
entretiens avec des journalistes de la RTLM. Nous nous rencontrions souvent dans le
bureau de Justin Mugenzi. Mbonampeka aimait souvent nous dire : « Il ne faut jamais
parler des violences infligées aux Tutsis. Il faut toujours parler que le FPR agresse
les Hutus. Nous devons agir ainsi. Notre objectif est de montrer que nous sommes en
train de mener une guerre contre les Tutsis qui ont le plan d’éliminer tous les Hutus.
Nous devons donc sauvegarder la souveraineté des Hutus »
C’est Mbonampeka qui m’a annoncé le premier le crash de l’avion de Habyarimana.
Toutes les autorités avaient mon numéro de téléphone. Ils voulaient que la RTLM
diffuse en premier lieu toutes les informations, quand il s’agissait surtout de
réchauffer les esprits des Hutus.
En date du 6 avril, vers 20 h 45 pendant que je me préparais à sortir du studio,
Mbonampeka m’a téléphoné. Il était à sa résidence à Ndera. Il m’a dit : « Valérie, une
projectile vient de toucher un avion…. » Avant qu’il ne termine, il a ajouté « Voilà la
deuxième… » Finalement il a beaucoup crié « La troisième vient de la mettre
complètement sous le feu. » Il a dit que toutes les projectiles venaient de Masaka.
Avant que je ne téléphone à l’aéroport pour demandé des précisions, Mbonampeka
m’a informé qu’il avait un second avion, mais qu’il venait de perdre ses traces.
Mbonampeka a conclu : « Je sais que Habyarimana était allé dans les négociations à
Arusha. Malheur aux Tutsis si c’est son avion abattu ! ».

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Par mon coup de téléphone, je me suis entretenue avec les techniciens opérant dans la
tour de contrôle à Kanombe. Ils n’ont pas voulu me donner des précisions sur
l’identification de l’avion. Je me suis directement adressée au bureau de l’Etat Major.
Le réceptionniste a voulu m’interrompre en disant : « Excusez Madame ! » Mais j’ai
gardé la ligne et je l’entendais s’exclamer : « L’avion du président ? Pas possible ! » .
Il a terminé avec moi, en disant que l’Etat-major allait envoyer des militaires sur
terrain.
Je n’ai pas voulu rester dans le bureau. J’ai eu directement l’intention d’aller à
Kanombe. Arrivée à Kimihurura où se trouvait le palais de la jeunesse, j’ai été obligée
de rebrousser chemin à cause de plusieurs coups de fusils. Je voyais plusieurs
projectiles en l’air. Je suis revenue pour prendre la route passant par Gikondo. Arrivée
à Rwandex, Gikondo, j’ai été contrainte par une barrière érigée par la MINUAR. Les
casques bleus m’ont laissée continuer. Mais, j’ai été obligée à renoncer ce parcours,
quand je suis arrivée à Kicukiro SONATUBE. Les militaires venaient d’y ériger une
barrière infranchissable et faisaient beaucoup de tirs en l’air.
A mon arrivée au studio, j’ai directement téléphoné mon directeur Phocas Habimana.
Je venais d’avoir des précisions de la part de l’Etat-major comme quoi l’avion qui
transportait Habyarimana venait d’être abattu. Mon informateur m’a dit qu’il allait me
donner la liste de toutes les victimes. Mais il m’a affirmé la mort de Habyarimana.
Voilà le communiqué que moi et le directeur nous avons formulé : « A tous les
Rwandais et Rwandaises, alors que nous savions que notre Président était allé
négocier la paix à Arusha, les inyenzi viennent d’abattre son avion pendant qu’il
s’apprêtait à atterrir à l’aéroport de Kanombe » Le fait de nommer les inyenzi
comme auteurs de la mort de Habyarimana, nous voudrions donc persuader les Hutus
à commencer immédiatement le travail.
En ce moment-là, la RTLM ne parvenait pas à couvrir toutes les parties du pays. La
même nuit, Mbonampeka qui gardait des contacts avec moi, nous a beaucoup aidés à
informer d’autres politiciens par téléphones tout en leur conseillant de commencer à
sensibiliser les Hutus à s’apprêter à tuer les Tutsis. Grâce au soutien de Mbonampeka,
beaucoup de gens ont pu téléphoner à la RTLM pour nous demander si l’information
sur la mort de Habyarimana était vraie.
La même nuit, j’ai reçu une information affirmant également la mort du président
Cyaprien Ntaryamira. Je me suis entretenu avec des agents de l’ambassade du
Burundi à propos de cela. L’ambassade du Burundi a directement téléphoné à
l’aéroport de Bujumbura pour demander des précisions. En ce moment là, les
passagers à bord du deuxième avion, venaient d’atterrir à Bujumbura et racontaient
comment ils ont été sauvés de justesse. C’était un petit avion qui avait accompagné le
président du Burundi. Comme son avion présidentiel, connu sous l’appellation de
Musongati, avait transporté Sylvèstre Ntibantuganya, président du parlent en cette
époque, à Kampala, Ntaryamira avait préféré passer la nuit à Kigali et continuer le
voyage dans l’avion le lendemain depuis Kigali. Un certain Munyemana Théoneste,
conseiller à la Présidence du Rwanda, avait changé la place avec le président
burundais. C’est pour cela qu’il venait d’arriver à Bujumbura avec deux ministres
burundais qui étaient aussi partis pour les négociations à Arusha.

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J’ai pu même parlé avec la délégation qui venait d’arriver au Burundi pour leur
demander leur point de vu sur le crash à Kigali. Ils m’ont dit qu’ils étaient témoins
oculaires des tirs sur l’avion. Ils m’ont encouragé de diffuser que l’avion venait d’être
abattu par des ennemis de la paix.
La RTLM n’a pas pu arrêté ses émissions pendant la nuit. J’ai continué des contacts
avec Mbonampeka. Il m’a obligé d’affirmer que Habyarimana venait d’être tué par le
FPR avec la complicité des Tutsis. Par l’information, il était sûr que tous les Hutus
seraient enrôlés dans les massacres des Tutsis pour venger la mort de leur Président.
Les jours suivants, j’ai continué à parler avec Mbonampeka pour lui demander le
message à véhiculer. Ils me disaient qu’il fallait toujours mettre un accent sur la
transformation de la réalité. Il m’a conseillé de ne jamais parler de la mort des Tutsis.
Il me disait au contraire d’affirmer que les Tutsis étaient en train de tuer les Hutus.
Mais il le faisait d’exprès pour que les Hutus éliminent complètement les Tutsis
croyant qu’ils étaient en train de tuer leurs ennemis.
Mbonampeka a beaucoup utilisé la RTLM pour lui aider à exécuter son plan
d’éliminer des Tutsis à Ndera, surtout ceux qui avaient pris refuge à l’hôpital, dit
CARAES. Depuis le 6 avril, il nous demandait d’appeler les Hutus à se défendre
contre les Tutsis, leur trompant que ces derniers collaboraient avec les inkotanyi à les
tuer.
Afin que les Tutsis qui avaient pris refuge à CARAES ne s’échappent pas,
Mbonampeka nous a demandé d’utiliser des fausses annonces en disant que Ndera
étaient sous le contrôle du FPR inkotanyi. Les Tutsis sont restés tranquilles jusque le
18 avril quand une attaque bien armée en provenance de Kanombe est allée les
éliminer sans non plus épargner de ceux qui avaient des problèmes psychiques. C’est
le message nous confié par Mbonampeka qui a été à la base de l’élimination des
fous, car ils nous disait de déclarer que les inkotanyi s’étaient déguisés en fous pour
pouvoir tuer les Hutus.
En peu de mots, Mbonampeka a été un de grands leaders du génocide à travers tous
le Rwanda, car nous avons transmis beaucoup de mensonges inventés par lui, afin de
sensibiliser les Hutus à tuer les Tutsis. Pendant le génocide, il ne dormait pas sans
nous passer le message de nous encourager à continuer à diffuser des discours semant
des discordes entre Hutus et Tutsis.1

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Témoignagé accueilli le 28 février 2007 à Kigali.

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