Fiche du document numéro 3918

Num
3918
Date
Jeudi 1er décembre 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
4200259
Pages
4
Titre
La vérité sur la mort des gendarmes français de Kigali
Nom cité
Nom cité
Source
EdJ
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
Moins de deux jours après l'attentat contre le Falcon, l'Adjudant-Chef
Alain Didot, 46 ans, son épouse Gilda, née Lana, 44 ans, et
l'Adjudant-Chef René Maier sont morts dans l'après-midi du vendredi 8
avril pour avoir voulu protéger des Tutsis. Curieusement, ils n'ont pas
été victimes de la vengeance de miliciens ou de militaires des FAR,
comme la rumeur en a été rapportée, mais exécutés par des soldats du
Front Patriotique rwandais, ceux-là mêmes qui venaient secourir leurs
frères tutsis !

L'Adjudant-Chef Didot était depuis 1992 conseiller technique de
transmissions dans le détachement d'assistance technique gendarmerie au
Rwanda.
Il y avait été rejoint en 1993 par l'Adjudant-Chef Maier, conseiller
technique de police judiciaire. Le vendredi 8 avril, Alain et Gilda
Didot sont dans leur villa située à Kacyiru, une colline excentrée de
Kigali sur laquelle sont implantés de nombreux ministères ainsi que
l'hôtel Méridien, un des sièges de la Minuar, et le bâtiment du Conseil
National du Développement. Le CND abrite le bataillon FPR, 540 hommes
introduits à Kigali dans le cadre de la mise en oeuvre des accords
d'Arusha. La villa de l'Adjudant-Chef Didot est située à mi-chemin du
siège de la Minuar et de celui des soldats du FPR, juste à côté du
rond-point stratégique qui commande l'accès à l'aéroport depuis le
centre-ville. C'est un poste d'observation idéal mais, en même temps,
un endroit très exposé.

L'Adjudant-Chef René Maier, lui, habite seul un pavillon dans
l'enceinte du camp de gendarmerie de Kacyiru. Dès le 7 avril, après
l'annonce de l'attentat, il a rejoint son collègue et ami Didot pour
participer à ce que, dans le jargon militaire, on appelle la "veille
radio". Fanatique de transmissions, l'Adjudant-Chef Didot avait
installé chez lui tout un appareillage qui lui permettait d'entrer en
liaison radio avec la Mission d'Assistance Militaire française (MAM),
avec le réseau de l'Ambassade de France et avec d'autres réseaux
civils. De sa villa, il surveille à la jumelle le bataillon du FPR et
rend compte de l'évolution de la situation heure par heure. Il raconte
que, le 7 avril, à 5 heures du matin, des échanges de tirs ont débuté
entre les forces gouvernementales et le FPR. La garde présidentielle
s'est embusquée au rond-point, tout près de son camp.
Le Lieutenant-Colonel Damy, chef du détachement militaire d'assistance
technique gendarmerie, demande à Didot de profiter d'une accalmie pour
évacuer son domicile. "Impossible sans prendre de gros risques, je
préfère poursuivre la mission de renseignements et de relais radio",
répond Alain Didot. On découvrira plus tard qu'il s'agit en partie d'un
pieux mensonge : Alain et Gilda Didot ainsi que René Maier ont décidé
de protéger leurs voisins tutsis de la fureur des miliciens. Une
quinzaine de ces derniers se cachent dans la maison. Les deux gendarmes
ont creusé une tranchée devant la villa et, armes à la main, dissuadent
les miliciens de s'approcher.
Vers 14 heures, le contact radio est rompu. Le lieutenant-colonel Damy
veut croire qu'il s'agit d'une panne de générateur. A 17 heures, le
directeur du Méridien réussit à joindre par radio l'Ambassade de
France. Il vient de recueillir un groupe de réfugiés tutsis qui disent
arriver de la maison des Didot.
En début d'après-midi, des éléments avancés du mouvement rebelle se
sont introduits dans la parcelle de l'Adjudant-Chef. Les militaires du
FPR ont autorisé les Rwandais réfugiés dans la maison à partir, après
avoir vérifié leur qualité de Tutsis. Mais, auparavant, et malgré leurs
supplications, ces derniers ont dû assister à l'exécution de
l'adjudant-chef Didot à coups de machette et à celles de sa femme et de
l'Adjudant-Chef Maier, abattus d'une rafale.
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