Fiche du document numéro 28375

Num
28375
Date
Mercredi 19 mai 2021
Amj
Auteur
Fichier
Taille
22996
Pages
2
Urlorg
Titre
Général Jean Varret : « Paul Kagame était content de nous rencontrer »
Soustitre
Entretien. D’anciens militaires français ayant servi au Rwanda ont rencontré le président rwandais Paul Kagame, mardi 18 mai, en marge du sommet sur le financement de l’économie africaine, dans un hôtel du centre de Paris. Parmi eux, le général Jean Varret, responsable de la Mission militaire de coopération de 1990 à 1993.
Nom cité
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Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
La Croix : Dans quel climat s’est déroulée cette rencontre ?

Général Jean Varret : C’étaient de vieux amis qui se retrouvaient dans un climat familial. Nous nous sommes vus près de trois heures. Visiblement, Paul Kagame était content de nous rencontrer, il semblait très à son aise, même ému, parfois. Nous aussi, d’ailleurs. Nous étions une petite douzaine, quelques militaires dont le colonel René Galinié, le général Eric de Stabenrath, l’ancien ambassadeur de France en Ouganda, Yannick Gérard.

Tout le monde était heureux d’être là, entre vieux militaires ou diplomates qui ne s’étaient pas revus depuis si longtemps. Il y avait aussi Vincent Duclert, un envoyé du Quai d’Orsay. Personne n’a représenté l’Élysée.

Que vous a dit Paul Kagame ?

J. V. : Il nous a parlé près d’une heure, en anglais. Il nous a remerciés d’avoir été des Français qui, à l’époque, l’ont aidé. Il nous a tous cités.

Il est revenu sur son arrestation musclée en septembre 1991 à Paris, et sa journée en détention alors qu’il avait été invité officiellement en France en tant que chef d’une rébellion. Il n’a toujours pas compris les raisons de son arrestation. Et il a aussi évoqué ses accrochages avec l’armée française au Rwanda.

Vous deviez prendre aussi la parole ?

J. V. : Oui, après le président Kagame. J’ai expliqué que j’avais connu et pratiqué très tôt ce que l’on a appelé « la Françafrique », j’en connaissais les risques et les dérives. Mais discipliné, je les avais acceptés, et ce jusqu’à mes responsabilités au Rwanda. Tout a changé dans ce pays où mes missions m’ont convaincu que notre politique n’était pas celle qui devait être menée dans l’intérêt du Rwanda, ni davantage dans l’intérêt de la France. Une position qui m’a obligé à quitter l’armée, comme le colonel Galinié.

Le rapport Duclert et le rapport commandé par le Rwanda à un cabinet d’avocats américains nous ont réhabilités. J’ai terminé mon propos en disant que le temps était venu de bâtir une nouvelle coopération entre la France et le Rwanda, une coopération, cette fois, gagnant-gagnant pour nos deux pays.

Et ensuite ?

J. V : Le président rwandais a eu des échanges particuliers avec chacun d’entre nous. Il m’a invité à venir au Rwanda. Il a beaucoup discuté avec le général Eric de Stabenrath. Ils étaient devenus amis en 1990, à Fort Leavenworth, au Kansas, où tous deux suivaient une formation militaire.

En avril 1994, Stabenrath avait été déployé avec ses hommes pour évacuer les Européens de Kigali. Il a ensuite participé à l’opération Turquoise. Il a exprimé un regret, celui de ne pas avoir été plus ferme, en avril 1994, quand il a alerté sa hiérarchie qu’il y avait un risque que se commettent au Rwanda, des massacres de grande ampleur. Le président rwandais est resté très détendu jusqu’à la fin de la rencontre. Nous nous sommes quittés, tous, comme de vieux camarades.
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024